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MERCREDI 22 FEVRIER 2012

Filière Viticole : Les grands dossiers de la rentrée 2011

19/09/2011
Filiereviticole

Droits de plantation, situations économiques dans les bassins viticoles, réforme de la Pac et viticulture... D’importants et nombreux sujets attendent le Conseil spécialisé vin de FranceAgriMer et les responsables professionnels du secteur pour l’année 2011-2012. Jérôme Despey, son président, a procédé à un tour d’horizon des grands thèmes qui font ou feront l’actualité de la filière pour cette nouvelle campagne.

Jérôme Desprey, président du Conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, présente ses réactions aux grands thèmes qui font ou feront l'actualité de la filière viticole pour cette nouvelle campagne.

 

Sur la récolte en cours et la conjoncture : « Une récolte dans la moyenne »

La récolte 2011 actuellement en cours a été estimée à environ 48 millions hl, soit + 6 à 7% par rapport à 2010, qui était une petite récolte. « On est loin des récoltes de 2005 et 2006 avec environ 53 millions d'hl de vin récoltés, relativise Jérôme Despey, président du Conseil spécialisé à FranceAgriMer. Mais avec les 50.000 hectares arrachés sur les cinq dernières années, nous n'arriverons plus à des niveaux de récolte comme dans le passé ».

 

Une récolte qui se situe donc « dans la moyenne ». Autre explication avancée pouvant expliquer cette baisse tendancielle de production : « Nous avons eu ces dernières années, dans le cadre de la restructuration des vignobles, une évolution concernant les cépages plantés, moins productifs, et leur mode de conduite, avec une recherche de rendements plus qualitatifs », argumente celui-ci. A noter, cette année la belle progression des volumes attendus en Languedoc-Roussillon – 13,3 millions hl escomptés contre 11,9 l'an dernier - grâce à des précipitations printanières et estivales régulières. Une progression permettant un retour à des niveaux « normaux » de rendements.

 

« Au niveau européen, il n'y a pas de grosses récoltes annoncées non plus », a fait savoir Jérôme Despey. Les prix vrac des vins rouges et rosés devraient donc se maintenir, voire progresser et les producteurs « ne doivent pas s'empresser de vendre », estime celui-ci. Sur les vins blancs, l'heure n'est par contre toujours pas à l'euphorie. « J'espère un maintien des cours, mais pour le Sauvignon, ce sera plus difficile », a indiqué Jérôme Despey. Le Muscadet et le Gros plant souffrent toujours énormément et ont du mal à s'écouler, le plan de crise – distillation et arrachages – n'ayant pas eu l'effet escompté. « Ce qui pèse, ce sont les niveaux de stocks, notamment issus de la récolte de 2008, au niveau du négoce ». Un marché également « plombé » par la quantité importante des vins de cépage Ugni blancs produits dans les Charentes.

 

Sur le nouveau segment des vins sans IG : «Bordeaux a besoin d'une vraie stratégie»

La réforme de l'Ocm a introduit en 2009 le nouveau segment des vins sans indication géographique (Vsig). Avec la crise que traversent certaines appellations, est née une réflexion des professionnels – producteurs ou interprofessions – de convertir des parcelles Aop en Vsig, afin de gagner en rentabilité. Mais pour Jérôme Despey, cette reconversion demande « un minimum » à être organisée : « La région de Bordeaux est clairement sur ce segment mais elle ne s'est pas spécialisée dessus. Il ne s'agit pas de se contenter de déclasser des vins Aop en Vsig, au risque de perturber le marché des Vsig avec 3 ou 4 millions d'hl de vin qui peuvent s'y retrouver, a-t-il déclaré. S'ils veulent aller sur ce créneau, cela doit être fait dans les mêmes conditions que les autres bassins ». Il y a alors une nécessité de « spécialiser » les vignobles et d'affecter plus tôt, en amont de la récolte, les parcelles, dans leur mode de conduite et aussi bien sûr au moment de la déclaration de récolte.

 

Toujours sur ce segment des Vsig, Yves Bénard, président du comité des vins Aop de l'Inao, Jacques Gravegeal, son homologue pour les vins à Igp et Jérôme Despey pour les Vsig, ont décidé d'engager une réflexion concernant le problème des limites de rendements et des abus constatés l'an dernier sur ce segment. « Si réglementairement parlant, il n'y a pas de limite de rendement pour les Vsig, la vigne, elle, en a bien une, physiologiquement parlant. Nous devons, en tant que professionnels, prendre nos responsabilités pour bien clarifier les choses vis-à-vis des pouvoirs publics européens».

 

Sur la contractualisation : « Un chantier à poursuivre »

« J'invite les interprofessions à continuer de travailler sur la contractualisation par segment de marché, a déclaré Jérôme Despey. Toujours dans un souci de meilleure lisibilité du marché pour les metteurs en marché et de permettre de gagner en compétitivité sur les marchés étrangers ». L'Anivin de France, l'interprofession des Vsig, travaille actuellement à la mise en place d'un nouveau contrat pluriannuel. « Toujours sous forme de projet, celui-ci reste dans l'attente de l'avis de l'autorité de la concurrence », fait-on savoir à FranceAgriMer. Ce nouveau contrat prévoit une clause de révision du prix, laissant la possibilité aux deux parties de réviser le prix fixé si celui-ci dépasse – à la baisse ou à la hausse - un certain pourcentage du prix du marché, qui sera indiqué par FranceAgriMer.

 

Sur la réforme de la Pac 2013 et la fin de l'Ocm vin en 2015 : « La viticulture doit intégrer la Pac pour bénéficier du second pilier »

« Un groupe de travail sur la viticulture et la Pac a été constitué au sein de FranceAgriMer, a annoncé Jérôme Despey. Nous souhaitons en effet que le secteur viticole soit proactif sur ce qui va se passer après 2013 ». La filière est notamment concernée par le second pilier, qui comprend toutes les mesures dites « horizontales » et les budgets qui en dépendent : développement rural, mesures agro-environnementales, eau, environnement,... « Autant d'éléments qui concernent de plus en plus la viticulture, a insisté celui-ci. Je ne me laisserai pas faire par rapport à ce deuxième pilier. Il y a des initiatives à prendre par le secteur viticole, qui en bénéficie actuellement très peu. Nous devons donc être dans les discussions et la réflexion globale », a-t-il déclaré.

 

En revanche, le secteur ne souhaite pas intégrer le premier pilier, qui le ferait basculer dans le système des Dpu : « Nous préférons le maintien des outils spécifiques - comme l'aide à la restructuration du vignoble, à l'investissement, à la distillation de crise, etc – qui sont plus structurants et qui permettent à la filière d'être plus compétitive que de simples aides à l'hectare qui n'apporteront rien ». Mais ces outils spécifiques sont aussi voués à disparaître avec la fin de l'Ocm vin en 2015. Les responsables du secteur souhaitent étudier la possibilité de pouvoir maintenir ces mesures spécifiques à la place d'un système de Dpu, tout en bénéficiant des mesures du second pilier... Affaire à suivre.

 

La construction de l'après-2015 et l'intégration totale du secteur à la Pac fait aussi l'objet d'un chantier prioritaire. A plus courte échéance - pour la période 2013-2015 - il leur reste également à décider des mesures spécifiques à poursuivre et des budgets alloués, puisque ces mesures ont finalement été prolongées jusqu'à cette date.

 

Sur les droits de plantation : « Nous sommes sur le point d'obtenir la majorité qualifiée »

Le projet du groupe de travail « viticulture et Pac » consiste également à réinscrire les droits de plantation dans la réglementation communautaire. Pour cela, les professionnels espèrent le ralliement prochain de deux nouveaux pays au « clan des opposants » à la libéralisation des droits de plantation, afin d'obtenir la majorité qualifiée.

 

« Nous sommes en passe de l'avoir, avec la Grèce et la Slovénie », a fait savoir le président du Conseil. Cette majorité donne en effet le droit de rouvrir les discussions entre Etats membres lors d'un prochain Conseil des ministres de l'Agriculture. « Nous allons être vigilants afin que le sujet arrive sur la table au Conseil des ministres le plus rapidement possible, a indiqué Jérôme Despey. Nous n'attendrons pas 2013 pour avoir une réponse. L'idée est d'avoir une disposition législative courant 2012 pour sécuriser ce volet ».

 

« Mais ce n'est pas tout de dire "on maintient les droits", il faut également voir quelle est la bonne méthode pour les gérer », a-t-il ajouté. A ce jour, aucun avis n'est arrêté, mais plusieurs possibilités existent. Une thématique de plus qui sera donc abordée lors des groupes de travail, afin que les professionnels puissent en discuter, proposer une nouvelle modalité de gestion des droits de plantation et « donner des arguments pour mieux convaincre ».


Sur la gouvernance et l'organisation de la filière : « Je demande que le nombre de bassins reste à dix »

« Le bassin Rhône-Provence restera un seul bassin, c'est en tout cas ce que je préconise dans mon travail de mise à jour du rapport sur la gouvernance de la filière, qui m'a été demandé par le ministre et que je dois lui remettre prochainement. Je souhaite donc que le nombre de bassins reste à dix », a déclaré Jérôme Despey. Pour satisfaire la Provence, qui souhaiterait former un bassin à part entière, celui-ci prône plutôt la cohabitation de deux « sections », « Rhône » et « Provence », au sein d'un seul et même bassin.

 

« Dans chaque section, les provençaux pourraient ainsi avoir un espace de liberté pour débattre des problématiques qui leurs sont propres », propose Jérôme Despey. Dans les textes, ce comité de bassin existe de droit. Mais, dans les faits, les représentants du bassin Provence ont, depuis sa création en 2006, décidé de ne pas y siéger. « C'est le ministre qui tranchera », a-t-il aussi rappelé. Dans les dix conseils de bassin actuels siègent les interprofessions (au moins 50 % des membres), les organisations professionnelles, les Crinao (comités régionaux de l'Inao), ainsi que les pouvoirs publics.

 

Sur l'encépagement dans les régions : « Nous devons plus développer la prospective »

« La vigne est une plante pérenne, que l'on plante pour une durée de 30 ou 35 ans. Il s'agit de ne pas se tromper de cépage car qui sait 30 ans plus tard quelles seront les attentes du marché ? », a expliqué le président du Conseil... Une réflexion difficile et stratégique pour le viticulteur, donc, et qui, jusqu'à maintenant, était insuffisamment alimentée, selon Jérôme Despey : « Nous devons avoir plus d'éléments pour alimenter ce travail ». Des études consommateurs et des analyses de marchés, seront donc conduites en lien avec les interprofessions et les metteurs en marché, afin de « mieux anticiper ces évolutions de consommation et éviter les "à-coups" ». « Nous souhaitons une vraie réflexion au niveau national pour développer la prospective », a-t-il enfin déclaré.


Source : http://www.agrisalon.com - article du 16 septembre 2011 (TNC)

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